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Le président Issoufou, champion de l’endettement au Niger

Publié le lundi 26 octobre 2020  |  lévènementniger
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© Présidence par DR
Lancement des travaux de construction de la cimenterie de Kao par le Président Issoufou Mahamadou
Mardi 20 Octobre 2020. il a été procédé au lancement des travaux de réhabilitation de la Route Tahoua- Arlit et au bitumage de la Route RTA-Kao-Tchintabaraden
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Après le départ du président Issoufou, en avril prochain, le poids de la dette publique sera certainement, outre les épineuses questions de la sécurité et de la déliquescence des services sociaux (éducation et santé notamment), l’un des grands dossiers qui donnera du fil à retordre au nouvel occupant du palais présidentiel.

Le Niger, qui est le pays le plus mal loti du monde en matière d’indice du développement humain, occupe un bon rang en matière d’endettement ; avec un encours de la dette publique évalué, par les autorités elles-mêmes, à 2 978,16 milliards de francs CFA en 2019, représentant 40,3% de son produit intérieur brut (PIB). Certes, le pays est encore loin d’atteindre le pic du seuil communautaire d’endettement fixé par l’UEMOA ;mais, personne n’oublie ici que l’endettement fut, par le passé, l’une des voies par lesquelles le pays a perdu sa souveraineté au profit des institutions de Bretton Woods. La dette publique du pays, qui mérite d’être auditée, pèse lourd ; très lourd même, au regard du service annuel qu’il génère déjà aujourd’hui.

Selon les données tirées du projet de budget 2021, le service de la dette publique (ce que l’État va payer à ses créanciers publics et privés, internes et externes) est prévu pour un montant de 389,89 milliards de francs CFA, soit 14,74% des dépenses totales inscrites pour l’exercice 2021. Ce montant est réparti entre quatre (4) catégories de créanciers de l’État, à savoir les banques commerciales (27,53 milliards FCFA), les créanciers bilatéraux (42,51 milliards FCFA), les créanciers multilatéraux (107,47 milliards FCFA) et les créanciers intérieurs (212,37 milliards FCFA) ; mais, il convient de souligner qu’en ce qui concerne le service de la dette intérieure, il est constitué pour l’essentiel des remboursements effectués au titre des obligations de trésor (160,40 milliards FCFA), des bons de trésor (6,5 milliards FCFA), de la titrisation (8,18 milliards FCFA) et des contrats de partenariat public privé (27,67 milliards FCFA). Le montant prévu pour les autres créanciers intérieurs, notamment les opérateurs économiques et autres, est seulement de 6,84 milliards FCFA.

Sur la base des détails fournis dans le projet de budget 2021, il ressort que le service de la dette publique, qui est 389,89 milliards de francs CFA, est constitué du principal, évalué à 296,10 milliards FCFA, et des intérêts, évalués à 93,79 milliards FCFA. Le principal est de 131,03 milliards de francs CFA pour la dette extérieure contre 165,07 milliards de francs CFA pour la dette intérieure ; tandis que les intérêts sont de 46,48 milliards de francs CFA au titre de la dette extérieure contre 47,30 milliards de francs CFA au titre de la dette intérieure. Les intérêts liés aux seules obligations du trésor, qui sont devenues l’un des principaux instruments de financement du déficit budgétaire sous le régime en place, sont de 40,11 milliards de francs CFA, soit 42,77% du montant total des intérêts liés à la dette publique. Ce qui permet d’imaginer aisément à qui profite le recours aux obligations du trésor comme moyen de financement du déficit budgétaire.

En effet, il convient de noter d’une part que les emprunts contractés par le biais des obligations du trésor sont, en fait, des emprunts à court terme, assortis de taux d’intérêt plus élevés que les autres types d’emprunts ; et d’autre part, qu’ils ne sont pas, dans le cas du Niger principalement, adossés à des projets pouvant avoir une incidence sur la situation économique. Les ressources provenant de l’émission des obligations du trésor sont presque exclusivement utilisées pour faire face aux difficultés de trésorerie de l’État, et financer ainsi les dépenses de fonctionnement des différentes institutions. Le gouvernement envisage d’ailleurs pour l’exercice 2021, de lancer des emprunts obligataires pour un montant de 298,63 milliards de francs CFA, représentant 40,88% de l’ensemble des emprunts qu’il entend contracter au cours de l’exercice (730,46 milliards de francs CFA).

Selon les données tirées du projet de budget, l’État du Niger entend donc en 2021, non seulement payer 389,89 milliards de francs CFA au titre du service de la dette extérieure, mais aussi emprunter 730,46 milliards de francs CFA, soit l’équivalent du budget de l’État pour l’exercice 2009. Les nouveaux emprunts prévus pour l’exercice 2021 se répartissent en trois (3) catégories : d’abord, les emprunts obligataires pour un montant de 298,63 milliards FCFA, ensuite les emprunts projets pour un montant de 337,32 milliards FCFA et les emprunts budgétaires pour un montant de 94,49 milliards FCFA. Le montant total des emprunts, qui est de 730,46 milliards FCFA, représente 27,62% des ressources du budget de l’État pour l’exercice 2021.

Au regard de ces chiffres, il y a de quoi s’interroger sur la question de l’endettement du Niger ; car, même si le FMI continue d’estimer que le risque de surendettement est modéré, le rythme d’accroissement du service de la dette est inquiétant. Entre 2009 et 2021, les prévisions de dépenses au titre du service de la dette sont passées de 52,45 milliards de francs CFA en 2009 à 389,89 milliards de francs CFA en 2021. En 2009, le service de la dette publique représentait 7,17% des dépenses totales de l’État ; alors qu’en 2021, il en représente 14,74%, et dépasse de loin le montant total des ressources allouées aux quatre (4) ministères sectoriels de l’éducation (316,09 milliards FCFA). Cette comparaison ne veut, peut-être, rien dire pour les experts du FMI ; mais, elle donne la mesure de ce que coûte au pays la course à l’endettement inaugurée par le président Issoufou.
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