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Niger-Politique : oser le débat introspectif

Publié le jeudi 18 aout 2022  |  ActuNiger
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© Autre presse par DR
Gouvernance politique de la nation: Le Président Mohamed Bazoum insuffle une nouvelle dynamique participative
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Les récentes évolutions des stratégies sécuritaires au Sahel ont placé le Niger dans une position centrale qui s’explique à la fois par sa géographie et par l’apparente stabilité du pays, bien que cette dernière ne repose en réalité que sur quelques phénomènes conjoncturels. Les discours rassurants sur la capacité du pays à tenir au milieu des tempêtes géopolitiques actuelles doivent être pondérés et cette capacité relativisée. Le Président Mohamed Bazoum dispose aujourd’hui d’éléments d’analyse lui permettant de capitaliser un certain nombre d’expériences et d’affiner sa stratégie sécuritaire aussi bien en matière d’implication des populations dans leur propre sécurité que dans la rationalisation et l’optimisation de l’apport des forces étrangères présentes sur le sol nigérien.
Pour atteindre ses objectifs, il lui faudra « réveiller le pays », qui semble paralysé par une inquiétante absence de perspectives claires du fait, selon certains, de tensions persistantes entre différentes sphères du Pouvoir ainsi que de l’absence de confiance entre les principaux acteurs politiques.

La classe politique et la société civile semblent totalement « dépassées » et peinent à trouver un chemin de combat pour aider le pays à traverser les difficultés actuelles. Il est vrai qu’à Niamey, certains courants d’intérêts tentent laborieusement d’entraîner le reste du pays dans des aventures populistes à l’évidence hors sol. Les évolutions politico-militaires au Mali et au Tchad sont édifiantes ; quand bien même les réalités du moment y semblent différentes, on constate les mêmes problématiques et les configurations des systèmes politiques ne sont pas si éloignées que cela.

Le pays souffre actuellement d’absence de réel débat politique sur les principaux sujets préoccupant les Nigériens. Les questions les plus immédiates étant d’ordre sécuritaire. Il s’agit d’imaginer un dispositif pouvant empêcher une détérioration incontrôlée de la situation, par une responsabilisation systematiques des populations et de leurs représentants locaux. Ensuite viennent des questions plus structurelles sur la qualité et la forme de gouvernance à travers le rôle de l’Etat et de ses institutions. La refondation de l’Etat, et des systèmes de gouvernance, parait en effet l’unique voie pour échapper à sa dislocation et à la généralisation du chaos qui menace.

Les Nigériens savent que l’architecture actuelle sur laquelle est construite le système politique légué par l’administration coloniale n’a pas tenu compte des réalités socioculturelles du pays et n’est donc pas viable à terme.
Deux alternatives se présentent alors. Une évolution intelligente fondée sur un rééquilibrage progressif vers l’inclusivité et l’égalité des citoyens et des communautés ou la coupable complaisance dans un statu quo qui pourrait conduire un effondrement à la malienne dont l’issue serait imprévisible. Trop de mensonges et d’injustices dans les fondements même de l’Etat et de ses institutions, trop de non-dits et de tabous risquent à terme de précipiter le pays dans l’abîme. Dans un pays encore en construction et dont les institutions demeurent embryonnaires, il revient aux autorités de veiller à l’effectivité et au respect des équilibres qui garantissent la cohésion nationale.

Un certain nombre de réformes paraissent incontournables pour mettre le pays sur la voie du développement et désamorcer les conflits latents qui pourraient être instrumentalisés afin de le déstabiliser. Au premier chef desquelles, la redéfinition des droits des citoyens sur leurs territoires traditionnels parait fondamentale et légitime. La gestion par l’Etat de certains espaces et de leurs ressources, notamment en milieu pastoral, pose un réel problème de justice et d’équité. Les différents textes qui régissent le rapport des citoyens à leurs espaces présentent en effet des lacunes graves qui créent une rupture d’égalité manifeste entre les citoyens. Ces textes, rédigés sur des fondements pour le moins discutables, dénient à certaines populations les droits qui sont reconnus à d’autres sous prétexte qu’une activité économique serait plus digne qu’une autre. Cette situation, vécue par certaines populations comme une injustice, menace en effet de se transformer en véritable pierre d’achoppement entre l’Etat central et les populations qui s’estiment ainsi lésées depuis l’indépendance du pays. Les pouvoir publics se doivent d’aller au-devant des potentiels conflits et reconnaître aux communautés locales leurs droits sur leurs lieux de vie coutumiers. Ce sujet mériterait une attention plus affirmée des autorités qui en ont la compétence. Un autre point qui demeure tabou est celui de l’accès réel et équitable aux centres de décisions et donc aux ressources de l’Etat. Beaucoup d’injustices et d’iniquités constatées dans le rapport aux institutions sont en réalité les conséquences d’une architecture étatique inégalitaire à la base.

Le Niger de 2022 n’est pas celui des années 60 mais le système n’évolue guère. L’Etat est aujourd’hui asservi par des intérêts privés qui mettent en danger sa survie, la classe politique étant plus souvent mue par des motivations particulières plutôt que par l’intérêt général. Le business politique domine toutes les sphères de la vie du pays et le Nigérien ne comprend même plus qu’il puisse en être autrement.

Si le Président Bazoum semble parvenu à convaincre de sa bonne foi et de sa détermination à s’attaquer aux vrais problèmes du pays, cela ne préjuge en rien de sa capacité à faire face aux pesanteurs de sa majorité et à se donner les moyens d’aller au bout de son agenda dès lors que celui-ci pourrait contrarier certains barons du Pouvoir. De quels leviers disposerait-il alors pour avancer sans se mettre en danger et compromettre les possibilités de tenir ses engagements devant le peuple ? La politisation à outrance de la vie publique se traduit par une usurpation des pouvoirs qui amène fréquemment les partis politiques à se substituer à l’Etat. Cette pratique porte les germes d’une instabilité et de tensions que le pays gagnerait à éviter aux populations, déjà aux prises avec une insécurité que l’Etat n’est visiblement pas en mesure de contenir.

Au Niger, les courants radicaux et simplistes, qui se sont illustrés, ailleurs, ne sont pas vraiment audibles. Les réalités sociopolitiques ne sont pas les mêmes. Niamey n’est pas tout fait le Niger, à l’inverse de Bamako devenue de fait le Mali pour une certaine presse et certains Maliens. Néanmoins, les autorités nigériennes et la communauté internationale ne doivent pas négliger les frustrations engendrées par les injustices accumulées depuis des décennies.

Si seulement les gesticulations actuelles contre la politique occidentale s’accompagnaient d’une réflexion de fond sur la nature de nos Etats et l’adaptation de leur gouvernance aux réalités socioculturelles, alors elles témoigneraient de plus de pertinence et mériteraient davantage d’attention. Les discours par trop populistes des nouveaux panafricanistes ne sont que l’expression de systèmes politiques épuisés incapables de se remettre en cause. Ces discours ne dépassent paradoxalement que rarement les cercles des systèmes politiques mis en place et protégés par la France depuis des décennies.

Dans leur hystérie, les populistes sont incapables d’imaginer qu’ils puissent avoir une quelconque responsabilité dans la faillite des Etats et l’échec des configurations politiques léguées par les anciennes puissances coloniales, dont ils se gardent bien d’interroger le fond. En mettant tous les torts sur le dos de l’extérieur, ils reconnaissent inconsciemment leur incapacité à construire des institutions stables fondées sur les réalités socioculturelles de leurs pays.

Abdoulahi ATTAYOUB
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