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Le Sahel N° 8865 du 26/1/2015

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Bosso, après l’attaque du 06 février dernier : retour au calme sur les rives de la Komadougou
Publié le vendredi 27 fevrier 2015   |  Le Sahel


Bosso,
© Autre presse par DR
Bosso, après l`attaque du 06 février dernier : retour au calme sur les rives de la Komadougou


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Le 6 février dernier, les terroristes de Boko Haram attaquaient simultanément la ville de Diffa et la localité de Bosso, située à environ 145Km de Diffa. A Bosso comme à Diffa les éléments des forces de défense et de sécurité nigériennes n'on pas failli à leur devoir, celui de défendre puis de sécuriser les populations. Ce jour-là, c'est à l'aube que des centaines d'éléments (hommes et femmes) de Boko Haram ont pris d'assaut cette bourgade du sud-est du Niger en provenance de leur position du village de Malanfatori au Nigeria. Ce village, voisin de Bosso, est distant de seulement quelques 800 mètres. Les deux localités ne sont séparées que par la rivière de la Komadougou qui fait office de frontière naturelle entre le Niger et le Nigeria dans cette partie de notre pays. Présents depuis quelques mois dans cette localité de Bosso, les combattants de Boko Haram ont décidé de passer à l'offensive. Ils l'ont appris à leurs dépens.
En s'attaquant au Niger, à ses forces de défense et de sécurité et à ses populations, les éléments de la secte satanique ne se doutaient point de la vigoureuse riposte qui les attendait de la part des FDS et des soldats tchadiens stationnées, quatre semaines plus tôt, dans toute la zone. La suite est connue de tous : Boko Haram a perdu plus d'une centaine de ses combattants. C'est du moins ce qui est officiellement annoncé car, des centaines de combattants qui ont envahi le village, pas grand-chose n'a pu atteindre l'autre rive à l'issue des combats qui ont duré plusieurs heures. Leur objectif est de prendre la ville de Bosso et ses alentours pour étendre leur zone de contrôle. Mais mal leur en a pris ! Au Niger, c'est à une autre réalité à laquelle s'est heurté Boko Haram. Et comme dit un adage «tel est pris qui croyait prendre ». Car, les éléments de Boko Haram n'ont pu prendre le moindre lopin de terre nigérienne à Bosso, malgré leur grand nombre. Ils ont au contraire été contraints d'abandonner même leur position de Malanfatori pour se replier loin de nos frontières lors de la poursuite. Ils y ont laissé armes et matériels et bien sûr les cadavres de nombreux combattants. Entre temps, la population, elle, est prise de peur. L'écrasante majorité des habitants a quitté le village.

Bosso, un village sécurisé
A Bosso, village très peuplé, voire le plus peuplé de la région de Diffa à cause de son « or rouge »(le poivron rouge). Dans cette bourgade les combats ont duré plusieurs heures et ont laissé une population paniquée, traumatisée par la scène d'horreur à laquelle les habitants n'ont jamais assisté dans leur existence. Peu à peu et ce malgré l'important dispositif sécuritaire nigérien déployé sur place, le village s'est vidé d'une grande partie de sa population. Le mercredi 18 février, soit 12 jours après les douloureux évènements, nous nous sommes rendus sur place.
Depuis l'hélicoptère de l'armée nigérienne qui entamait l'atterrissage tout près du village dans un terrain dégagé et sécurisé, nous voyions les prémices de ce qui nous attendait dans le village. On apercevait, depuis les airs, le paysage désolant à l'œil nu. Les vastes champs du poivron rouge étaient désespérément déserts. Seuls quelques individus y déambulaient. L'écrasante majorité des producteurs ayant préféré abandonner ce qu'ils ont de plus cher, de plus attachant, de plus historique, la culture du poivron. On est pourtant en ce moment-là en pleine période de récolte. Ils sont partis pour sauver leur vie. Dans le village, le même spectacle désolant se présente aux visiteurs que nous sommes. Nous traversons le village fantôme à bord d'un véhicule militaire sous bonne escorte des forces de défense et de sécurité dirigée par un jeune lieutenant. C'est cet officier confiant et l'air décontracté, envoyé par le commandant du détachement basé à Bosso, qui nous a accueillis.

Dès les premières ruelles, nous réalisons que la situation, malgré le calme apparent, est grave, n'y apercevant aucune personne. On dirait qu'aucun habitant ne s'y trouvait. Et pourtant, et pourtant, certains habitants y sont restés pour une raison ou une autre et vivent sous la protection « rapprochée » des soldats nigériens. Le temps de la panique est passé. Quelque part dans les champs, certains producteurs sont visibles de loin, rassurés qu'ils sont par l'impressionnant dispositif sécuritaire déployé. Quelques animaux divaguaient dans les rues, devant des concessions, certainement, en l'absence de leurs propriétaires, d'autres plus « insouciants » s'aventuraient en dehors de la ville en direction des champs de poivrons. Lors de notre traversée d'ouest en du village, nous n'y voyions personne, beaucoup de maisons restent hermétiquement fermées.
Sur le chemin de retour après avoir passé quelque temps aux côtés des forces nigéro-tchadiennes, nous arrivons à croiser une vieille femme, très vieille au point de se déplacer à l'aide de deux cannes. Cette vieille femme est sortie, peut-être, dans l'espoir de trouver une âme compatissante pour lui offrir une pitance. Mais prudence !... Qui sait ce qui peut se tramer dans un climat d'insécurité pareille? Le convoi est passé sans lui prêter une attention particulière. Un peu plus loin le convoi croisait un groupe de femmes revenues du puits, transportant des bidons d'eau dans des brouettes. C'est le seul signe de vie humaine que nous avions vu dans ce village.
Les habitants ayant déserté leurs maisons, ils se sont dans leur majorité refugiés dans les villages voisins plus au nord, loin de la frontière et à l'abri des possibles incursions ou tirs de harcèlement des combattants terroristes qui ne sont pas très loin. La présence de ces quelques habitants et le retour progressif démontre que la sérénité est retrouvée néanmoins, mais le climat de méfiance persiste et la vigilance reste de tous les instants de la part des FDS. Et cela se comprend aisément quand on sait que lors de l'attaque du 6 février les combattants de Boko Haram ont bénéficié d'une grande complicité d'une partie de la population autochtone de la localité de Bosso.
Le jour de l'attaque, les FDS ont dû faire face à deux fronts. Aux centaines de combattants venus du côté de la frontière sont venus se mêler ceux d'entre eux qui étaient tapis dans l'ombre après avoir infiltré le village et passé toute la nuit en toute quiétude dans des habitations appartenant aux nigériens. Un responsable militaire sur place confirme que lorsque les éléments de Boko Haram ont attaqué de l'extérieur, ils ont été renforcés par d'autres combattants disséminés dans la ville. Seuls le professionnalisme et la bravoure de nos FDS ont permis de venir à bout de ces éléments de Boko Haram. Le fait est bien établi et avéré. Voilà qui explique l'extrême prudence des FDS qui patrouillent au quotidien dans le village. Du côté militaire, la situation sécuritaire reste totalement sous contrôle.

Depuis leur déroute mémorable, les éléments de Boko Haram, du moins ceux qui vivent encore, se sont retirés dans leur bastion du Nigeria. Seuls les quelques coups de rafales sporadiques qu'ils tirent rappellent aux forces nigéro-tchadiennes que l'ennemi vaincu se console de tirs de harcèlement sans grand danger pour nos forces qui tiennent de main de maitre les positions. Bosso, si près, est comme l'horizon que Boko Haram n'atteindra jamais. Les hommes du commandant Abdoul Kadri Amadou et les deux milles (2000) militaires tchadiens leur ont infligé une des plus grandes défaites de leur histoire. Boko Haram a laissé ses combattants mais aussi d'importants matériels, armes et minutions dans sa débandade. Plus de deux semaines, les carcasses des véhicules de combats calcinés et portant les inscriptions du groupe terroriste restent encore visibles non loin du village de Bosso.
Les hommes du chef de bataillon Abdoul Kadri, explique ce dernier, ont pour mission de contrôler et de sécuriser la zone qui s'étale le long de la frontière nigéro-nigériane, les populations et les services administratifs. Une mission qu'ils accomplissent avec tact et savoir-faire. Le détachement nigérien travaillant côte à côte avec le contingent tchadien est à Bosso depuis le 2 février et effectue des patrouilles régulières dans toute la zone. La population qui est restée à Bosso se sent aujourd'hui en sécurité : « si les gens sont encore là, c'est parce qu'ils se sentent sécurisés par notre présence » dit le chef de bataillon Abdoul Kadri.
Depuis l'attaque du 6 février, le remarquable travail des FDS et des soldats tchadiens a rendu la situation relativement calme, dit-il tout en ajoutant que l'ennemi n'a plus opéré aucune autre attaque ou tentative d'attaque, à part quelques accrochages sans grand danger. Confiant le commandant affirme que « l'ennemi a été repoussé, nous gardons nos positions et contrôlons et maitrisons la situation ». Sur la question de savoir comment se présente la coopération entre les soldats tchadiens et nigériens, le jeune commandant s'en réjouit « la coopération se passe bien, nous avons des similitudes de cultures. A part les drapeaux, c'est les mêmes visages que vous avez. Ils se sentent bien chez eux. Nous apprécions très positivement cela et nous sommes toujours ensemble ».
Le porte-parole du contingent tchadien le colonel Ahmat Youssouf abondant dans le même sens a soutenu que la coopération entre les FDS tchadiennes et nigériennes en poste à Bosso se passe très bien. « C'est une excellente collaboration » conclut l'officier tchadien. Les deux troupes arrivées le 2 février dans la localité de Bosso, a-t-il ajouté, travaillent la main dans la main contre le groupe terroriste Boko Haram en menant des opérations conjointes à travers un dispositif tactico-opérationnel conjoint.

Zabeirou Moussa, Envoyé spécial

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