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Première journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes au Niger : La journée du 28 septembre consacrée à la lutte contre le fléau
Publié le mardi 1 octobre 2013   |  Le Sahel


Marou
© Autre presse par DR
Marou Amadou, le ministre nigérien de la Justice
Marou Amadou, le ministre nigérien de la Justice


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La lutte contre la traite des personnes fait l'objet d'une attention particulière de la part des autorités nigériennes qui, avec l'appui des partenaires, font de plus en plus preuve d'engagement face au phénomène. Dans le cadre de cette démarche, une conférence-débat portant sur le thème : ''pénalisation de la traite des personnes et pratiques coutumières'', ainsi qu'une soirée culturelle ont été organisées le 28 septembre dernier, au Palais des Congrès de Niamey.

C'est le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Porte-parole du gouvernement, M. Marou Amadou, qui a lancé les activités de cette journée, la première du genre en matière de mobilisation contre la traite des personnes. C'était en présence de Mme Habibabta Wane, chef de la mission de la représentation de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), et M. Jacques Hillart, représentant de l'organisation des Nations Unies contre la Drogue et les Crimes (ONUDC). Plusieurs membres du gouvernement ont également assisté à la conférence-débat animée par M. Alio Daouda, président de la commission nationale de coordination de la lutte contre la traite des personnes, M. Sidikou Moussa responsable de l'ONG EPAD Niger, M. Galy Kadir Abdel Kader, sociologue, enseignant chercheur.

Intervenant à cette occasion, le ministre en charge de la Justice a rappelé à l'assistance que le phénomène de traite des personnes, tel que le définit l'ordonnance n°2010-86 du 16 décembre 2010, est ''une opération ou une action qui vise à recruter, transporter, transférer, héberger ou accueillir des personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d'autres formes de contraintes, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d'autorité ou d'une situation de vulnérabilité, ou par l'offre ou l'acceptation de paiement d'avantages pour obtenir le consentement d'une personne ayant une autorité sur une autre aux fins d'exploitation''. Cette pratique, a relevé M. Marou Amadou, est présente au Niger qui, en raison de sa position géostratégique de pays-carrefour, est un pays d'origine, de transit et de destination de la traite des personnes. Les enfants et les femmes figurent parmi les principales victimes. Cette situation, a-t-il dit, constitue une préoccupation majeure pour les plus hautes autorités du pays, citant à ce propos le Président de la République, SE Issoufou Mahamadou, qui disait dans son premier message à la Nation, le 3 août 2011 que ''la Constitution de la 7ème République proclame la liberté et l'égalité, deux valeurs sœurs sans lesquelles aucune société ne saurait assurer durablement sa cohésion et son unité, ainsi que son développement économique et social. Désormais, des enquêtes sur ces trafics humains seront entreprises et les structures de lutte contre la traite des personnes, notamment l'agence nationale créée à cet effet, seront redynamisées. Les contrevenants aux lois interdisant ces pratiques seront sévèrement punis''.

La concrétisation de cet engagement se traduit par la mise en place des deux institutions de lutte contre la traite que sont la Commission Nationale de Coordination de la Lutte contre la Traite des Personnes et l'Agence Nationale de la Lutte contre la Traite des Personnes. Aussi, le ministre de la Justice a engagé ces institutions à ''réaliser pleinement leur mandat de sensibilisation et de lutte contre la traite conformément aux dispositifs juridiques nationaux, régionaux et internationaux existants contre la traite''. Toutefois, il a recommandé que ''le sujet soit abordé avec tact et professionnalisme pour aller vite et bien''.

Auparavant, M. Jacques Hillart, représentant de l'organisation des Nations Unies contre la Drogue et les Crimes (ONUDC), a indiqué que la traite des personnes est souvent pour la population un crime méconnu, malgré l'existence des textes de lois qui le répriment. Aussi a-t-il souligné la nécessité d'une sensibilisation des populations sur le terrain afin que la lutte contre le phénomène soit menée sans amalgame avec les pratiques culturelles.

Pour sa part, Mme Habibabta Wane, chef de la mission de la représentation de l'Organisation Internationale pour les Migrations(OIM), voit dans l'organisation de cette journée de mobilisation contre la traite des personnes, une démonstration du gouvernement du Niger à combattre ce fléau qui constitue une des plus graves violations des droits humains et qui touche plus de 800.000 personnes à travers le monde. Selon elle, la traite des personnes est favorisée par la paupérisation accélérée des populations tant urbaines que rurales et les migrations internes et transfrontalières. Et d'autres obstacles comme la porosité des frontières, l'absence de cadres juridiques nationaux appropriés dans certains pays, la difficulté d'appliquer les cadres juridiques dans ceux qui en détiennent, la méconnaissance de la problématique et des particularismes de la traite par une grande partie des agents gouvernementaux en charge de la migration, l'insuffisance de données statistiques sur la migration et la traite en particulier, la faiblesse de la coopération entre les autorités nationales et la société civile, les difficultés de lutter contre les réseaux criminels organisés, ainsi que la complexité du phénomène, sont des obstacles à la lutte contre la traite.

Après ces interventions, les trois conférenciers ont entretenu l'assistance sur la traite des personnes, en abordant les différents contours du phénomène. M. Alio Daouda, président de la commission nationale de coordination de la lutte contre la traite des personnes a rappelé d'abord que le Niger est fortement engagé dans la lutte contre le phénomène et a pris des dispositions tant au niveau national, qu'international. Dans cette démarche, le Niger est Etat partie dans le protocole des Nations Unies visant la prévention et la répression de la traite des personnes. Le Niger est aussi signataire des huit instruments juridiques fondamentaux de protection des droits de l'Homme. Au niveau africain et sous régional, a relevé le conférencier, le Niger fait montre de beaucoup d'engagement dans la promotion des droits de l'Homme et de la lutte contre la traite des personnes. Sur le plan national, a souligné M. Alio Daouda, cet engagement est concrétisé par l'adoption de l'ordonnance n° 2010-86 du 16 décembre 2010, dont l'application a donné lieu à la mise en place de la Commission Nationale de Coordination de la Lutte contre la Traite des Personnes et l'Agence Nationale de la Lutte contre la Traite des Personnes. Pour ce qui est des textes, il existe un important arsenal, et ce qui reste, a-t-il dit, c'est leur application, la sensibilisation, et la mobilisation. Les autorités affichent une grande volonté dans le combat contre ce phénomène à travers leur soutien aux structures mises en place à cet effet. Des efforts son aussi en cours, en vue de l'ouverture d'un centre de référence des victimes de la traite et le déblocage d'un fonds d'indemnisation et de leur réinsertion sociale, a indiqué le président de la commission nationale de coordination de la lutte contre la traite des personnes.

C'est sur la prise en charge des victimes de la traite des personnes que le deuxième conférencier, M. Sidikou Moussa, coordonnateur de l'ONG EPAD Niger, a axé son exposé. Il a évoqué la problématique de la prise en charge des victimes de la traite aux niveaux national et transnational. M. Sidikou Moussa a attiré l'attention de l'assistance sur le cas des milliers d'enfants qui sont dans les rues des villes nigériennes et africaines, des migrants et autres personnes qui font l'objet de toutes sortes d'exploitation. Toutes ces personnes ont besoin d'être sauvées et réinsérées. A ce sujet, il a évoqué les défis de leur prise en charge. La lutte contre le phénomène de la traite, a-t-il précisé, nécessite des moyens, une mobilisation à travers la formation et la sensibilisation de toutes les personnes concernées, mais aussi la lutte contre la pauvreté.

Le dernier conférencier, M. Galy Kadir Abdelkader, quant à lui, a parlé des freins intellectuels qui rendent difficiles la lutte contre la traite des personnes et l'esclavage. Pour lui, il faut une remise en cause des valeurs qui sous-tendent les phénomènes de traite et d'esclavage, pour que la société change. Ce qui, a-t-il dit, devra se traduire par des progrès sur le plan juridique, organisationnel, de jouissance de liberté et de prise de conscience.

Les débats qui ont suivi ont été l'occasion pour les participants d'apporter leurs contributions dans la lutte contre le phénomène de traite des personnes. Le ministre en charge de la Justice, M. Marou Amadou, qui a assisté à la conférence jusqu'à la fin, a salué la réussite de cette journée de mobilisation, et a affirmé avoir ''pris bonne note'' quant aux recommandations et propositions qui ont été faites. Il a annoncé la pérennisation de l'événement en faisant désormais du 28 septembre, la journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes.

Souley Moutari

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