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Mission de l’UFL en Mauritanie: mesures draconiennes contre le terrorisme
Publié le mercredi 4 decembre 2013   |  Agence Nigerienne de Presse




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Niamey - Partir de la Capitale mauritanienne, par la route, pour relier Fassala, ville-garnison, située à 1500 km à l’Est, sur la frontière avec le Mali, est un pari audacieux. Nouakchott, Aleg, Ayoune, Nema, Bassikounou, etc, les villes tombent l’une après l’autre, donnant l’impression que la surface de la terre s’étire et se chasse à l’infini, et l’espoir s’évanouit parfois dans un paysage austère, fait d’arbres rabougris, de dunes de sable et de falaises.

C’est à cet exercice que s’est attelé un groupe de journalistes des pays membres de l’Unité de Fusion et de Liaison (UFL ; un organisme de lutte contre le terrorisme et le crime organisé), qui compte l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Tchad.

L’objectif est de jauger le dispositif sécuritaire de la Mauritanie dans sa lutte contre le terrorisme engagée bien avant les évènements du nord Mali.

A une vingtaine de km de Fassala Yéré, cette ville-forteresse, à un jet de pierre de la frontière malienne, l’on a l’impression qu’on est sur un champ de bataille. Des militaires mauritaniens, équipés d’armes automatiques tous calibres, veillent de jour comme de nuit, sur tout ce qui s’approche de la frontière ; une sorte de ligne de démarcation.

C’est le seul point de passage de réfugiés maliens, avant leur acheminement vers le seul camp installé sur le territoire mauritanien, mais le plus important de toute la sous-région, avec 67.000 réfugiés. [maure armee.jpg]

Des militaires armés jusqu’aux dents, doigts sur les gâchettes, certains nichés sur des gros engins, d’autres dans des tranchets, sous une chaleur torride… sont en alerte maximum. Ils sont prêts à en découdre, avec « les ennemis de la paix » que sont les terroristes chassés du nord Mali, qui se sont évaporés dans la nature.

La longue frontière séparant les deux pays est étroitement surveillée par des militaires à bord de véhicules blindés qui, à longueur de journées, ne cessent de scruter l’horizon et de communiquer avec les moyens modernes, avec leurs collègues en patrouilles sur tout le long de la frontière, pour démasquer toute présence suspecte.

Ici, la guerre asymétrique a bel et bien commencé, même si jusqu’ici aucune balle n’a encore été tirée, car les terroristes n’ont pas encore tenté de s’infiltrer en Mauritanie, après leur débandade du nord Mali.

Nous sommes au contact du groupement de Sécurité et d’Intervention (GSI-1), une force de frappe redoutable mise en place depuis 2008, en réponse notamment aux différentes attaques terroristes subies par la Mauritanie.

Sa mission est de sécuriser la frontière sur toute son étendue et d’aider les réfugiés à intégrer le camp de M’Berra, situé à une cinquantaine de kilomètres, plus au nord.

Ici, le tracé de la frontière n’est pas visible, en l’absence de toute bâtisse ou d’autres moyens symbolisant la matérialisation de cette frontière.

« Nous sommes dotés de moyens matériels et humains suffisants pour assurer notre mission », dira le Colonel Mohamed Ould Abdi, Commandant de cette force équipée en moyens modernes de combat. Mieux, ajoute-t-il, « nous avons le droit de poursuite en territoire malien, selon les accords qui lient nos deux pays ».

Une ceinture de sécurité a ainsi était déployée le long de la frontière, aux confins du désert algérien afin d’empêcher l’infiltration, à partir du territoire malien, des narcotrafiquants, rescapés de l’opération militaire franco-africaine.

C’est pourquoi, le seul point de passage de réfugiés est surveillé étroitement, de 6heures à 18 heures. Tout véhicule qui arrive est déchargé, les bagages et les occupants systématiquement fouillés, à la recherche d’armes à feu ou d’autres moyens d’attaques terroristes.

La Mauritanie s’acquitte honorablement de sa mission

Un centre de santé de premiers soins doté d’une ambulance est implanté en plein désert, car certains réfugiés arrivent malades, affamés, épuisés…, fuyant l’insécurité née de l’occupation du nord Mali par des soi-disant « djihadistes».

Un autre hangar est implanté à quelques mètres où les réfugiés se font enregistrer, avant d’être acheminés vers le camp, pour y être pris en charge par le HCR.

Le GSI-1 leur assure également une alimentation pendant leur séjour de quelques heures sur la frontière.

« Le GSI-1 assure sa mission sur toute l’étendue du territoire. Nous menons des patrouilles, de jour comme de nuit, afin de détecter les points suspects », rassure le Colonel Abdi, entouré de ses hommes qui lui obéissent au doigt et à l’œil.

Le chef d’Etat-major adjoint des Armées, le général Hanena Ould Sidi rassure que l’Armée a acquis les moyens matériels adéquats afin de lutter efficacement contre le terrorisme.

La Mauritanie n’acceptera pas la déstabilisation du Mali

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation affirme que son pays ne permettra à aucune personne, ou groupe de personnes, d’utiliser son territoire pour déstabiliser le Mali.

« Pendant la crise malienne, la Mauritanie a fermé ses frontières pour éviter que des hommes armés traversent notre frontière », précise Mohamed Ould Ahmed Salem Ould Mohamed Raré.

« Nous voulons un Mali débout, uni et non un Mali fragilisé », ajoute-t-il.

Le ministre certifie qu’il n’ya pas d’hommes armés dans le camp de réfugiés. C’est une population constituée de 40 pour cent d’enfants et de 35 pour cent de femmes dira le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Selon lui, son pays a pris conscience très tôt de la menace terroriste dans la région.

« La Mauritanie était le premier pays à déclarer la guerre au terrorisme dans cette zone, et c’est pour cela que nous étions les premiers à être au Mali, bien avant le déploiement de forces des autres pays », affirme Mohamed Raré, répondant ainsi implicitement aux supputations sur la non participation de l’Armée mauritanienne à la libération du nord Mali.

Et comme la présence massive de réfugiés maliens en Mauritanie est une conséquence des activités des narcotrafiquants et du terrorisme en général, la mission de journalistes et de responsables de l’UFL a visité le camp de M’Berra.

Cette présence massive de réfugiés, arrivant inopinément, est une grosse épine sous le pied de l’Etat mauritanien. Comment en effet gérer une agglomération de 67.000 habitants qui a poussé spontanément sur la surface de la terre en l’espace de quelques mois, dépassant de loin, la population totale de la préfecture de Bassikounou, de laquelle relève M’Berra, qui n’en compte que 42.000 habitants ?

Comment également contrôler les activités quotidiennes de milliers de familles, constituées en majorité de femmes, enfants et des vieillards qui vivent sous des tentes dressées à perte de vue sur un terrain sableux jonché d’euphorbes ?

Ce n’est pas si simple, mais l’Etat mauritanien s’acquitte honorablement de cette tâche, épaulé par des organismes de bienfaisance tels que OXFAM, Fonds de Solidarité internationale, Fédération Luthérienne mondiale, Médecins sans frontière -Belgique, Action contre la faim-France, Commission de lutte contre la famine etc.

Le retour au bercail n’est pas pour demain

Le Camp n’est pas moins doté en infrastructures socio-éducatives même si quelques difficultés subsistent : six écoles primaires dont une secondaire et autant de centres de santé, dont un équipé entièrement par l’Etat mauritanien.

La première école primaire que la mission a visitée souffre d’effectifs pléthoriques : 860 élèves pour 9 salles de classe, dont certaines comptent 70 élèves.

Les soins de santé sont aussi assurés gratuitement par des agents aguerris qui luttent contre des pathologies récurrentes, notamment le paludisme, les diarrhées, les infections respiratoires, et urinaires, la dermatologie, la parasitose et la mal nutrition.

Le centre, installé et équipé par l’Etat mauritanien, accueille en moyenne, 50 consultations et quatre accouchements par jours.

En outre, une promenade dans le camp fait découvrir des activités économiques florissantes entretenues par certains réfugiés qui ont réussi à fuir avec leur argent et du bétail. Ainsi des boutiques et étales poussent comme des champignons dans le camp où l’on vend toutes sortes de marchandises.

Mieux, le camp dispose d’un autogare, avec des Toyota flambant neuf appartenant aux réfugiés nantis, qui assurent le transport de M’Berra à Bassikounou, le chef-lieu de la région, situé à une vingtaine de kilomètres du camp.

Dans cette localité, certains réfugiés ont ouvert des boutiques dans le marché, aux côtés de leurs frères mauritaniens et la cohabitation se fait sans heurt.

D’autres, propriétaires du bétail, utilisent les mêmes points d’eau et pâturages que les autochtones.

A l’intérieur du camp, les enfants de réfugiés disposent de terrains de jeux dans tous les quartiers de cette « mégalopole », la plus récente de toutes les villes du continent, car n’existant que depuis Janvier 2012 seulement.

Un détachement de la gendarmerie mène sans relâche, des rondes à l’intérieur comme à l’extérieur du camp pour la sécurité des lieux et de ceux qui y vivent.

« Il Ya une seule entrée dans ce camp et tout celui qui arrive, doit présenter une carte du HCR prouvant qu’il est réfugié, avant d’être accepté », lâche le jeune capitaine de gendarmerie Sidi Mohamed Ould Jeddou, à qui incombe la responsabilité de la sécurité du Camp.

« Nous avons été chassés par les forces du mal et la Mauritanie nous a offert une terre d’accueil. Nous ne manquons de rien, depuis que nous sommes là notre sécurité est garantie », se réjouit le Coordonnateur du Camp, Mohamed Ag Malha, ancien professeur de maths et physique chimie, qui a été contraint de déposer la craie pour fuir son pays.

Mais ce décor apparent, ne cache pas les vraies réalités du camp : manque de débouchés pour les élèves nantis du baccalauréat, qui sont sur les carreaux depuis leur arrivée ; une inadéquation entre la ration fournie par le HCR et l’habitude alimentaire des réfugiés qui sont des nomades, plus enclins à se nourrir de la viande et du lait, plutôt que du riz et des petits pois servis mensuellement etc.

« Le panier alimentaire est pauvre. On nous donne ce qui ne relève pas de notre habitude alimentaire. Nous ne pouvons pas manger les petits pois qu’on nous donne ; nous donnons au bétail, une bonne partie de ce qu’on nous donne », se plaint la Présidente des femmes du Camp, Mme Maya Walet Mohamedoun.

Mais tous les réfugiés ne rêvent que d’une chose : revenir au Mali, leur patrie, mais à condition qu’il ait une paix vraie et durable.

« Il faut que l’Armée malienne nous rassure qu’il n’y aura pas d’exaction sur nous, à notre retour » conditionne Ahmadou Saleh Ould Mohamed, ancien Maire de Léré.

Matata Oulet, 34 ans, épouse d’un réfugié : « J’ai laissé mon père et mon grand-père au Mali, je ne rêve que de les revoir », dit-elle, sans pouvoir retenir ses larmes.

« La paix c’est notre économie », dit pour sa part, Mohamed Ag Al Moctar, propriétaire d’une agence de voyage à Tombouctou.

Malgré ces désirs ardents « d’un retour au pays natal », la grande majorité ne s’est pas encore décidée. La remontée n’est donc pas pour demain.

DMM/ANP Déc 2013

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