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Femmes et politique au Niger : Constat d’un engouement et engagement sans précédent

Publié le jeudi 17 decembre 2020  |  Le Sahel
Séance
© Autre presse par DR
Séance de prêche organisée par les femmes de l’Association Nigérienne pour l’Appel et la Solidarité Islamique (ANASI)
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Rarement dans l’histoire du Niger de l’ère du multipartisme politique, la pratique de la politique n’a connu un tel engouement de la part de la femme nigérienne comme cette année. Certes, par le passé, il y a eu une femme candidate à l’élection présidentielle, des femmes présidentes de formations politiques et il y a eu également des femmes candidates aux élections législatives. Même si la seule et unique femme candidate n’a pu se faire élire, il n’en demeure pas moins qu’au niveau de la représentation nationale, beaucoup de femmes ont été élues députées au cours des différentes législatures qui se sont succédé depuis une trentaine d’année. Mais la particularité des élections générales de cette année réside dans le fait que les femmes sont significativement engagées dans tous les partis politiques en compétition.

D’aucuns diraient que la mobilisation des femmes est due au quota attribué à l’un ou l’autre des sexes et surtout au rehaussement de ce quota. En effet, la loi prévoyait d’octroyer 10% pour les fonctions électives et 15% pour les nominations postes et emplois supérieurs de l’Etat pour l’un ou l’autre sexe, puis à 15 et 25%. Et cela jusqu’en 2019, date à laquelle le quota a été rehaussé par l’assemblée nationale. Il est désormais passé à 25% et 30% respectivement. Cette loi a-t-elle été le catalyseur de l’engagement politique des femmes au Niger, ou alors cette frange majoritaire de notre pays a compris d’elle-même que rien ne saurait plus rester comme avant et qu’il faille composer avec elle ? En tout cas, les faits, sont là ; il n’y a pas un seul parti politique qui ne comporte en son sein de nombreuses femmes, qui ne compose pas avec les femmes. Et mieux à la faveur de ces élections, force est de constater que l’engagement militant des femmes a pris une autre dimension tant en milieu urbain qu’en milieu rural. Et pour cause, elles représentent près de 54% des candidats aux élections locales et législatives qui se sont lancés à la conquête des sièges au sein de l’Assemblée Nationale, des conseils régions, conseils de ville et conseils municipaux. L’on remarque une forte représentativité et surtout une très grande implication des femmes dans les activités des partis politiques, ces derniers temps. Elles ont décidé de briguer les postes pour démontrer que les femmes sont capables et que rien ne saurait prospérer sans elles, tel que le démontre le pourcentage jamais égalé des femmes candidatant aux différents scrutins. Les élections 2020-2021 sont un véritable test grandeur nature pour les femmes bien qu’il est vrai qu’on ne dénombre aucune femme candidate à l’élection présidentielle, contrairement aux scrutins passés. Depuis le lancement de la campagne des régionales, communales, municipales puis des présidentielles et législatives, il est loisible de remarquer que les femmes sont l’avant-garde de la bataille électorale. Elles sont présentes lors des meetings, lors des rencontres de proximités et même dans les réseaux sociaux pour exposer leurs idées, leurs projets de société aux électeurs avec pour objectif de briguer la mandature à l’Assemblée Nationale, dans les conseils régionaux, communaux et municipaux. Ces femmes qui osent le changement se battent au même titre que leurs camarades hommes. Elles sont non seulement présentes et actives dans les quartiers généraux des partis présence mais aussi sur le terrain de la campagne électorale. Nous sommes allés à la rencontre de certaines d’entre les candidates aux élections législatives pour connaitre leur motivation, leur projet de société.

Mme Maiga Halimatou Salissou est une des femmes candidates aux élections législatives que nous avons rencontrées. Une militante politique engagée depuis plusieurs années déjà et qui se présente sous la bannière du parti MPR Jamhuriya. Cette jeune mère de famille dit avoir pris goût à la politique dès son très jeune âge en suivant les débats politiques à la télévision et à l’Assemblée nationale. Suivant son cœur, elle s’est engagée malgré le fait que personne dans sa famille ne s’intéressait à la politique et que certains parents proches tentaient même de l’en dissuader. A 18 ans, elle avait eu sa première carte d’électeur déjà et a exercé son droit de vote avec beaucoup d’enthousiasme. Pour Mme Maiga Halimatou, le vrai combat à mener n’est pas seulement celui de rehausser le quota de représentativité des femmes au sein des instances de décision. Le combat qu’elle fait est dédié à la femme rurale, à la jeune fille. «Nous femmes, qui voulons atterrir dans l’hémicycle, tant que nos voix ne pourront nous aider à faire des lois allant dans le sens de l’atténuation des souffrances de femme rurale, de l’autonomisation de la femme, de la création de l’emploi pour les jeunes, je pense qu’on aura alors échoué», dit-elle. Pour elle, «l’idéal aurait été qu’il n’y ait même pas cette question de quota et que les femmes compétissent comme les hommes, qu’elles se battent pour prendre ce qui leur revient de droit, qu’elles siègent au sein des institutions parce qu’elles l’ont mérité », mais elle salue cette avancée. Cela va permettre à beaucoup de femmes de se réveiller et d’aller à la conquête de l’électorat sur le terrain. Elle reste confiante que la tendance va s’inverser grâce aux efforts des organisations féminines tout en reconnaissant que beaucoup de femmes préfèrent ne pas s’aventurer sur le chemin de la politique. Parlant de la représentativité au sein de structures des partis politiques, Mme Maiga constate amèrement que les présidiums sont composés essentiellement des hommes. Mieux, à ce jour, aucun parti politique n’a une vice-présidente alors que les discours et slogans disent donner une place de choix à la femme.

Mme Sounna Fanta Abdou Saley, est candidate aux élections législatives du parti MNSD Nassara. Elle souhaite entrer à l’hémicycle pour défendre trois projets qui lui tiennent à cœur à savoir l’éducation, la santé et l’emploi. Engagée en politique depuis longtemps, cette mère de famille dit avoir eu un pincement au cœur en visitant une école avec des classes délabrées et où les élèves étaient exposés aux intempéries durant trois années de suite. Pour elle, les conditions pénibles ne peuvent et doivent perdurer que ce soit en ville ou dans les zones rurales et elle estime qu’une fois à l’Assemblée Nationale, elle mettra l’accent sur la question de l’éducation pour redonner à l’école son lustre d’antan en proposant des lois en faveur d’une meilleure prise en compte de la question de l’école. Pour la santé, qui est le second thème de sa campagne, Mme Sounna Fanta considère que les élus du peuple doivent mener un combat sans relâche pour assurer aux nigériens des soins de qualité. Elle estime également que l’emploi des jeunes doit être placé au cœur des actions de la représentation nationale pour donner aux jeunes plus d’espoir et d’espérance. Quant à l’engagement de la femme en politique, elle salue les efforts des organisations féminines qui font un plaidoyer en faveur de la formation politique des femmes dans l’optique de les encourager à s’impliquer davantage dans l’animation des partis politiques. Elle estime que le rehaussement du quota est une avancée à saluer, mais que les femmes doivent s’engager plus en plus en politique pour qu’on n’ait plus à décider à leur place.

Pour sa part, Mme Abdoulaye Fati Ibrahim Diallo, candidate aux législatives au titre du parti PJP Génération Doubara, l’engagement politique s’explique par le fait que la femme jouit d’une capacité d’organisation exceptionnelle qui fait d’elle un acteur majeur de la vie sociale. Et qu’avec cette qualité, la femme doit être aux côtés des hommes dans les instances de décisions comme l’assemblée Nationale pour aider à élaborer des bonnes lois, à faire un bon contrôle parlementaires des actions du gouvernement. Mme Abdoulaye Fati veut mettre son savoir-faire au service de sa communauté et apporter sa contribution à la création de meilleures conditions de vie aux populations notamment les femmes, les filles et les jeunes. Sur l’engagement des femmes en politique, elle dit constater un regain d’intérêt, une prise de conscience et qu’il y a vraiment de l’évolution. Le parti PJP Doubara s’est inscrit dans la pratique de la parité à tous les niveaux des instances du parti et des postes électifs a-t-elle indiqué.

Hadjia Zalika Dandakoye, elle, est candidate aux élections législatives au titre du PNDS Tarayya. Sa décision de se porter candidate aux élections législatives, elle la justifie par sa volonté d’améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants et les personnes âgées. Mme Zalika dit vouloir défendre la cause de ces couches vulnérables de notre pays en proposant ou soutenant des lois en leur faveur. Quant à l’engagement, elle estime que les nigériens peuvent et doivent faire confiance à la femme car, le combat d’une femme est sincère et indéfectible. Selon elle, les femmes veulent aller à l’Assemblée Nationale pour défendre les enfants, assurer à la jeune fille le plein droit et accès à l’école à l’instar du garçon. Elle s’est réjouie de constater l’engouement exceptionnel des femmes lors de ces élections. Preuve selon elle, que les lignes sont en train de bouger dans le bon sens et que les femmes doivent davantage s’engager pour occuper plus de places que ne leur octroie le quota et aller vers l’atteinte de la parité. «Nous pensons que l’augmentation du quota est une bonne chose, mais nous allons nous battre pour que de 25% nous arrivons au 50%, c’est-à-dire la parité. Nous sommes aussi en train de lutter au sein de nos partis pour permettre aux femmes d’occuper plus de postes au sein des instances dirigeantes».

Zabeirou Moussa
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