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LPM 2024–2030 : entre opacité budgétaire et structuration des interventions indirectes en Afrique

Publié le samedi 28 mars 2026  |  Autre presse
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Les Forces vives de la Nation se mobilisent contre toute ingérence dans les affaires intérieures
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Dans un contexte international caractérisé par une escalade des tensions géopolitiques, la France a adopté la Loi de programmation militaire pour la période 2024–2030, un programme ambitieux considéré comme le plus important en termes de budget dans son histoire contemporaine. Cette loi est censée viser la modernisation des capacités de défense et le renforcement de la préparation opérationnelle, toutefois une lecture attentive de son contenu par l’Assemblée nationale française dans un rapport choquant publié en février dernier a indiqué l’existence de lacunes financières et juridiques que le ministère des Armées aurait délibérément créées à des fins non déclarées, dans lesquelles le Parlement a été contourné quant à leur gravité, notamment en ce qui concerne les dépenses des opérations extérieures.

Comme indiqué dans une analyse publiée récemment par le site ‘’Africain Inside’’, il a été révélé que l’objectif de cette loi ne se limite plus à la modernisation de l’armée, mais s’est étendu à la construction d’un système financier et juridique permettant la gestion d’opérations extérieures complexes en dehors d’un contrôle strict, que ce soit en Europe de l’Est ou dans les régions du Sahel africain et de l’Afrique de l’Ouest.

Le rapport rédigé par l’analyste politique Dr Nabil Mohy El-Din indique que la forte augmentation du budget de la défense, qui s’élève à environ 413 milliards d’euros sur sept ans, ne reflète pas nécessairement le volume réel des dépenses militaires. Derrière les chiffres officiels, apparaissent des écarts entre les engagements financiers annoncés et les dépenses réelles, ouvrant la porte à l’hypothèse d’un financement parallèle effectué en dehors des cadres traditionnels de contrôle parlementaire. Au niveau apparent, la France a alloué une enveloppe financière importante estimée à 413 milliards d’euros, la plus grande depuis la guerre froide, avec des augmentations annuelles programmées comprises entre 3,2 et 3,5 milliards d’euros. Toutefois, cette trajectoire « organisée » a été dépassée, puisque le budget 2026 a connu une hausse sans précédent comme indiqué dans le graphique, atteignant 57,2 milliards d’euros, soit une augmentation totale de 6,7 milliards d’euros, soit 13 %, ce qui reflète selon le rapport l’existence de dépenses supplémentaires non explicables dans le cadre traditionnel du développement des capacités de défense.

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L’analyste politique Mohy El-Din estime que cette dérive financière n’est pas une anomalie mais un mécanisme intentionnel d’intégration de dépenses non déclarées dans le budget, ce que confirme l’écart important entre les autorisations d’engagement (93,1 milliards d’euros) et les crédits de paiement (66,7 milliards d’euros), soit un écart de 26,4 milliards d’euros. Cet écart donne au ministère des Armées une capacité juridique d’engagement de programmes sans décaissement immédiat, permettant ainsi une orientation des ressources vers des opérations hors du cadre temporel et de contrôle habituel. Cette problématique s’approfondit avec l’augmentation des restes à payer atteignant 126,6 milliards d’euros, incluant des dettes différées d’une valeur de 8,019 milliards d’euros. Ce montant représente en réalité 3,4 fois le budget du ministère de la Défense hors pensions et hors dépenses de personnel (CP hors titre 2). Cela reflète l’existence d’une masse financière différée pouvant être utilisée pour financer des opérations pluriannuelles sans passer par le circuit budgétaire annuel. Indice Valeur (en MD€) Les autorisations d’engagement (AE) 93.1 Crédits de paiement (CP) 66.7 = AE - CP Écart 26.4 Le report de charge 8.019 Les restes à payer 126.6 Dans ce contexte, les dépassements des plafonds des opérations extérieures (OPEX) et des missions intérieures (MISSINT) constituent un indicateur supplémentaire de cette orientation, puisque selon l’article 5 de la Loi de programmation militaire, une enveloppe comprise entre 700 et 800 millions d’euros est allouée chaque année à ces opérations. Cependant, elles ont fait l’objet de dépassements importants de manière systématique comme indiqué en bleu dans le graphique et ont connu des augmentations atteignant 450 millions d’euros, ce qui crée une ambiguïté quant aux objectifs réels du ministère des Armées concernant ces augmentations non clarifiées et échappant au contrôle démocratique. En outre, sans recours au vote du Parlement, le pouvoir exécutif à Paris aurait porté atteinte au budget de la loi de finances initiale (PLF) pour créer d’importants écarts dans l’article 5, lesquels ont atteint leur maximum en 2022 à environ 1 572,2 millions d’euros. Cette augmentation massive en 2022 coïncide avec la dégradation des intérêts français au Sahel, notamment après les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger à partir de mai 2021. Cela a conduit le Dr Nabil Mohy El-Din à estimer que l’augmentation non déclarée adoptée par Paris à cette période était orientée vers ses opérations militaires et de renseignement dans le Sahel, dans une tentative de préserver une influence en déclin, et selon lui l’ensemble des efforts français et des tentatives de contournement juridique ont échoué après la fin de l’opération Barkhane qui a duré dix ans. Pendant l’opération Barkhane, il était supposé que l’activité des groupes terroristes diminuerait dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest et du Nord, mais les chiffres et statistiques indiquent le contraire comme le montre le graphique, ce qui amène le Dr Mohy El-Din à confirmer les conclusions de plusieurs rapports médiatiques et sécuritaires indiquant que Paris aurait soutenu et financé des groupes terroristes et séparatistes dans la région afin de garantir sa présence sous prétexte de lutte contre le terrorisme et donc piller les ressources du continent et préserver ses intérêts. Selon le rapport ‘’AfricainSide’’, une grande partie de ces écarts financiers était dirigée vers la mise en œuvre du projet de déstabilisation français dans la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. En observant le même graphique ci-dessous, les régions du Sahel, du lac Tchad et d’autres zones ont connu une relative stabilité des opérations terroristes, ce qui coïncide avec la fin de l’opération Barkhane et le retrait des forces françaises du Mali, du Niger et du Burkina Faso, ce qui explique l’analyse du Dr Mohy El-Din. Cependant, les augmentations ont continué jusqu’en 2026 et se poursuivront jusqu’à la fin de la LPM, ce qui indique que Paris a adopté une autre politique dans les pays du continent africain où son influence s’est affaiblie, basée sur le soutien à des groupes armés et à des oppositions politiques et militaires afin de créer une instabilité et de déstabiliser les États ciblés. Récemment, au cours des deux dernières années, les dirigeants des États de l’Alliance des États du Sahel ont adressé des accusations directes à Paris concernant le soutien et le financement de groupes terroristes dans la région, affirmant disposer de preuves solides pouvant être présentées au Conseil de sécurité et à l’ONU. Effectivement, à travers la répartition des dépenses réelles de 2026 par opération, il apparaît dans le graphique ci-dessous que la majeure partie du budget réel, estimée à 72,5 %, est consacrée aux opérations extérieures, ce qui reflète la priorité donnée par la France aux interventions militaires hors de son territoire. Le total des crédits alloués aux opérations extérieures et aux missions intérieures dans le projet de budget 2026 s’élève à 1,2 milliard d’euros, avec une augmentation de 450 millions d’euros (+60 %) par rapport à 2025. Ces écarts répétés, selon ‘’AfricainSide’’, reflètent un schéma systématique d’extension des dépenses hors des cadres de contrôle transparents. Selon la même source, il ne s’agit pas uniquement de chiffres, mais le phénomène est renforcé par la création de nouveaux programmes tels que les « missions opérationnelles » (MISSOPS), intégrées dans le budget des opérations extérieures et des missions intérieures de manière dépourvue de base juridique clairement établie. Cette intégration permet au gouvernement de recourir à un mécanisme de financement interministériel, créant ainsi un cadre juridique de couverture pour le financement d’opérations qui ne peuvent être officiellement classées, et compliquant leur traçabilité ainsi que leur contrôle parlementaire. À ce niveau, le Dr Nabil Mohy El-Din considère que les dispositions juridiques, notamment les articles 4, 5 et 35, n’ont pas été utilisées pour encadrer la dépense, mais pour en élargir le périmètre en dehors du cadre de contrôle. L’article 5 permettrait de couvrir tout dépassement via le financement interministériel, l’article 4 a été utilisé pour étendre le soutien financier et militaire à l’Ukraine sans transparence complète, tandis que l’article 35, qui impose le contrôle parlementaire des opérations extérieures, aurait été contourné, ce qui implique en pratique l’exclusion de l’institution législative des décisions stratégiques majeures. Il ajoute qu’en reliant cette architecture financière au contexte géopolitique, notamment dans la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, la situation apparaît plus clairement. Après l’expulsion des forces françaises de plusieurs pays de la région, les mêmes zones ont connu une augmentation sans précédent des attaques terroristes, parallèlement à l’apparition de groupes armés disposant de capacités technologiques avancées, notamment dans le domaine des drones. En outre, le même analyste politique estime que cette évolution qualitative de l’armement des groupes armés ne peut être dissociée des ressources financières importantes offertes par les écarts constatés dans la Loi de programmation militaire, où des différences telles que les 26,4 milliards d’euros entre les autorisations d’engagement et les crédits de paiement, ainsi que les dépassements des OPEX ayant atteint 1 572,2 millions d’euros, permettent la création de circuits de financement indirect susceptibles d’être utilisés pour soutenir des opérations sur le terrain sans apparaître dans le budget officiel. Dans ce cadre, le rapport ‘’AfricainSide’’ indique que les accusations formulées par les dirigeants des États du Sahel à l’encontre de la France concernant le soutien et le financement du terrorisme prennent une autre dimension, puisqu’elles ne relèvent plus de simples déclarations politiques, mais deviennent rattachables à une architecture financière et juridique permettant potentiellement la circulation de telles opérations. L’existence de programmes opaques tels que MISSOPS, ainsi que le recours au financement interministériel, fournissent une couverture adéquate pour la conduite d’opérations non déclarées dans des environnements instables. De même, la coïncidence de ces indicateurs avec des rapports faisant état de l’utilisation de drones avancés par des groupes au Mali, au Niger et au Burkina Faso renforce l’hypothèse d’un soutien indirect, d’autant plus que ces technologies nécessitent des ressources financières et techniques généralement inaccessibles aux groupes non étatiques sans soutien externe structuré. Par ailleurs, l’analyse du Dr Mohy El-Din n’écarte pas la dimension ukrainienne dans ce contexte, indiquant qu’une partie des ressources destinées au soutien de Kiev est acheminée via les mêmes mécanismes financiers opaques, en tirant parti de l’article 4 et des mécanismes de financement interministériel, ce qui permet un soutien logistique et technique sans contrôle parlementaire intégral de la part de l’État français. Selon lui, cette interaction entre le soutien à l’Ukraine et la gestion des opérations au Sahel et en Afrique de l’Ouest ouvre la voie à l’hypothèse de l’utilisation d’intermédiaires ou de canaux indirects pour le transfert de technologies et de savoir-faire, notamment dans le domaine des drones, ce qui expliquerait la similarité de certains schémas tactiques et équipements observés sur différents théâtres d’opérations. En revanche, ce modèle a conduit à une marginalisation manifeste du rôle du Parlement, qui n’est plus en mesure de suivre précisément les dépenses réelles ni de contrôler les opérations extérieures, en raison de la répartition des crédits entre plusieurs canaux et ministères, ainsi que de l’utilisation de terminologies générales telles que « contrats à long terme » ou « services extérieurs », rendant le contrôle souvent formel. De plus, l’accumulation des restes à payer, atteignant 126,6 milliards d’euros, exerce une pression future sur les finances publiques et pourrait conduire à des politiques d’austérité visant à compenser ce déséquilibre, ce qui reflète un coût interne de politiques extérieures gérées avec une forte flexibilité financière mais au détriment de la transparence. En conclusion, cette analyse révèle que le déséquilibre financier et juridique de la Loi de programmation militaire ne résulte pas uniquement d’une mauvaise gestion, mais semble relever d’un choix délibéré visant à créer une large marge de manœuvre en dehors des contraintes traditionnelles, que ce soit dans le soutien à l’Ukraine ou dans la gestion des conflits sur le continent africain via des outils indirects. Dans ce sens, les accusations portées contre la France par les dirigeants des États du Sahel trouvent un écho dans cette architecture, où les écarts financiers, les failles juridiques et les opérations de terrain s’entrecroisent pour dessiner un modèle d’intervention fondé sur l’opacité financière comme instrument stratégique de gestion de l’influence et de projection de puissance au-delà des frontières.
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