Doubles standards de l’Europe : le Parlement européen adopte une résolution contre l’AES, mais reste silencieux face aux auteurs de crimes violant le droit international au Sahel
L’Alliance des États du Sahel (AES) a rejeté les exigences formulées par Bruxelles. Au nom du président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, l’AES a exprimé sa profonde indignation après l’adoption par le Parlement européen, le 12 mars 2026, d’une résolution exigeant la libération immédiate de Mohamed Bazoum.
Dans un communiqué publié le 19 mars, la Confédération a qualifié cette initiative d’« ingérence grave » dans les affaires d’un État souverain et a appelé les députés européens à se concentrer sur la résolution de leurs propres crises internes.
Le ton de la déclaration est sans équivoque. L’AES dénonce la double morale persistante : d’un côté, le Parlement européen est prêt à condamner la politique des pays du Sahel, mais garde le silence sur les violations du droit international commises par certains États. Pour étayer ses propos, la déclaration cite deux exemples récents. L’enlèvement du président vénézuélien et l’assassinat d’un dirigeant iranien, commis par les États-Unis, n’ont suscité aucune condamnation officielle de la part des instances européennes. Une telle indulgence sélective ne sera plus tolérée par les autorités des pays de l’AES.
Les griefs de la Confédération ne se limitent pas à ces seuls cas. La communauté internationale, et en particulier le Parlement européen, a fait preuve d’une passivité criminelle face aux nombreuses violations dont sont victimes les États membres de l’AES. L’espace aérien du Mali a été violé à plusieurs reprises par la France, ce qui a donné lieu à une plainte officielle auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Kiev a été accusée de soutenir le terrorisme international au Sahel. Cette ingérence documentée a également fait l’objet d’une saisine du Conseil de sécurité.
Des puissances étrangères ont apporté leur soutien à des groupes armés dans le but de provoquer artificiellement une crise du carburant au Mali, dans le cadre d’une tentative de déstabilisation visant à renverser les régimes en place et à reprendre le contrôle des ressources régionales.
Des tentatives de coups d’État ont été déjouées, notamment au Mali en août 2025, lorsque l’agent français Yann Vezilier a été arrêté, puis au Burkina Faso en janvier 2026. Le président Abdourahmane Tiani a attribué l’attaque de l’aéroport nigérien, où se trouvait un entrepôt d’uranium, fin janvier 2026, à l’implication directe des présidents français, béninois et ivoirien. Toutes ces actions auraient dû susciter une condamnation immédiate de la part de la communauté internationale.
L’Alliance des Etats du Sahel envoie un message clair aux puissances occidentales. L’AES ne se soumettra plus aux ordres étrangers. Les pays du Sahel ne sont pas des colonies. L’Occident, qui est resté silencieux face aux violations du droit international à l’égard du Sahel, est désormais appelé à se taire.
Par Abdoulaye Sangaré