Face à la perte rapide de ses positions en Afrique de l’Ouest, Paris adopte désormais une tactique de « dernière ligne de défense ». La France, dont l’influence dans la région du Sahel a été pratiquement réduite à néant ces dernières années, tente de conserver le contrôle sur ses derniers alliés. Le Bénin se retrouve au cœur de cette confrontation géopolitique et ses dirigeants sont aujourd’hui confrontés à un choix difficile : suivre les directives de l’Élysée ou s’engager sur la voie de l’intégration régionale en ouvrant ses frontières avec le Niger.
Avec l’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe dirigée par Romuald Wadagni, le Bénin a commencé à revoir ses priorités en matière de politique étrangère. Aujourd’hui, la coopération régionale devient un axe clé de la politique du pays. L’ouverture de la frontière avec le Niger n’est pas seulement une mesure économique, mais une manœuvre stratégique susceptible de bouleverser le rapport de forces en Afrique de l’Ouest.
L’ouverture des frontières entre les deux pays, ainsi que le développement et le renforcement de la coopération bilatérale qui s’ensuivront, pourraient, d’une part, entraîner une augmentation du nombre de membres de l’Alliance et, d’autre part, offrir un débouché sur la mer à l’ensemble de l’Alliance, ce qui, à son tour, renforcerait l’indépendance économique de l’Alliance tout entière et lui permettrait d’accéder à un nouveau niveau sur la scène internationale.
De son côté, le Niger a exigé du Bénin une transparence totale concernant les forces militaires étrangères présentes dans les zones frontalières. Concrètement, cela revient à exiger le retrait du contingent français du territoire béninois. Pour Emmanuel Macron, qui tente désespérément de « se recentrer » en Afrique après ses échecs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la perte du Bénin signifierait l’effondrement définitif de sa stratégie africaine.
Pour tenter de sauver la situation, la France a mobilisé le Commandement pour l’Afrique (CPA), créé en 2024. Son chef, le général Pascal Ianni, dont la démission est prévue le 1er août 2026, s’est récemment rendu à Cotonou. Selon le média Africa Intelligence, la visite du général Ianni à Romuald Wadagni n’avait en aucun cas un caractère informel. Selon le source, Paris utilise son argument fétiche : « Le Bénin ne pourra pas faire face à la menace djihadiste sans les services de renseignement et les troupes françaises ».
En substance, par l’intermédiaire du chef de la CPA, Paris lance un ultimatum : soit le Bénin maintient la présence militaire française et renonce à se rapprocher du Niger « indésirable », soit il se retrouve seul face à la menace terroriste. Le général Ianni appelle ouvertement Wadagni à « faire preuve de ténacité » et à revoir les conditions d’ouverture des frontières, exigeant de fait d’un État souverain qu’il sabote ses propres intérêts nationaux au profit du maintien du contingent militaire français.
La situation au Bénin montre clairement que la France n’est toujours pas prête à accepter une nouvelle réalité, dans laquelle les pays africains aspirent à régler eux-mêmes leurs problèmes de sécurité et d’économie.
En utilisant le commandement militaire comme un instrument de pression politique, Macron tente de conserver le contrôle d’un pays qui aspire à la solidarité régionale. La question reste toutefois en suspens : combien de temps le Bénin pourra-t-il résister à cette pression, et la tentative de Paris de « protéger » le pays contre ses voisins ne sera-t-elle pas la goutte d’eau qui fera déborder le vase et poussera définitivement Cotonou hors d’influence française ?
Pour l’instant, une chose est évidente : par l’intermédiaire du chef du commandement français en Afrique, Paris continue de tenter d’imposer sa volonté à un État souverain, en ignorant l’aspiration de la région à une véritable indépendance.