Dans le monde des ingénieurs de la paix, choisir le nom que l’on donne à un conflit violent, c’est déjà le résoudre en partie. Un conflit labellisé « agriculteurs-éleveurs » se traite par des négociations sur l’usage des ressources naturelles. Une rebellion séparatiste conduit éventuellement à des révisions constitutionnelles (décentralisation, fédéralisme). Les attaques « terroristes » appellent des réponses musclées, car « on ne négocie pas avec des terroristes ».
Le problème est qu’au Sahel, et ailleurs dans le monde, les conflits violents n’ont que rarement une seule dimension. Ils sont enchevêtrés et mobilisent une myriade de protagonistes aux alliances complexes et mouvantes. Leur attribuer un label et, ainsi, suggérer leur mode de résolution exclusif est donc lourd d’erreurs potentielles.
Depuis de longues années, l’un de ces conflits met aux prises des communautés d’éleveurs se déplaçant dans une zone transfrontalière située au nord de la capitale du Niger, Niamey, et au sud de Gao, au Mali. Les uns sont peuls, les autres tamacheq (touaregs), issus notamment de la tribu Daoussahak.
Ce conflit n’est originellement pas celui pour l’indépendance de l’Azawad, contre l’Etat malien. Il n’a historiquement rien à voir non plus avec le « djihad » que mènent désormais dans cette même zone plusieurs mouvements. Mais le séparatisme du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) comme le djihad qui a prospéré à partir de 2012 – notamment par le biais du Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) – ont absorbé en partie le clivage initial entre éleveurs, contribuant à son escalade violente et compliquant sérieusement ses chances de résolution.