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[Contribution]- Lumana: Le bal des vautours

Publié le mercredi 7 aout 2019  |  Tamtaminfo
Le
© Autre presse par DR
Le President Hama Amadou, président du Bureau Politique National, Président du parti à l’occasion du Congrès Extraordinaire du MODEN/FA LUMANA-AFRICA
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Alea jacta est! Le Moden FA Lumana, deuxième plus grand parti du Niger, a tenu ce dimanche ses congrès ordinaires de Niamey et Dosso. Les deux se sont passés dans la paix et l’union des cœurs. Les deux, ont prouvé leur forte capacité de mobilisation. Les deux ont réaffirmé leur attachement à la personne de Hama Amadou.

Au-delà de la question que tout le monde se pose concernant les aspects légaux, sur lesquels au demeurant le juge des référés s’est déjà prononcé en confirmant la présidence par intérim de Noma, il serait interressant de se demander qui sont les réels bénéficiaires de cette querelle de basse cours. Hama, Noma, Soumana, Parc 20, les partis politiques alliés ou ennemis, qui profitera le plus de la crise que traverse le Moden? Qui sera le dindon de la farce?

À qui profite le crime?
Les deux congrès consommés et en attendant la suite judiciaire, on se demande encore comment Hama, dépeint par ses affidés comme un leader calculateur et visionnaire, a pu se laisser dépasser par les événements au point de se présenter lui-même aujourd’hui comme un « simple militant actif » ou, insulte de toutes les insultes, flagitium, un « invité d’honneur special » dans sa propre demeure. La quantité de maquillage sur son visage et le lifting de circonstance lors de son message vidéo, n’ont pas réussi à masquer l’état de détresse profonde du leader déchu.

Fond de teint sur les paupières et khol sur les sourcils n’y changeront rien. Hama est, sans conteste, le plus grand perdant de cette affaire. C’est entendu. Il est déchu de toute prétention sur sa formation politique de même que, par ricochet, sur le rêve ô combien utopique, de pouvoir un jour devenir President de la République.
Mais à qui profite véritablement cette bisbille entre ses lieutenants?

Certains, ne pouvant avouer leur champion vaincu, pensent encore que c’est une énième tactique de celui-ci. Diviser pour mieux régner. Cela est cependant fort peu probable. Aucun politicien, pas même Hama, ne se risquerait à de tels extrêmes. La situation, on l’a vu lui échappe totalement au point que, dans ses deux dernières sorties, il a complètement oublié les élections de 2021. Hama ne parle plus ni de sa candidature ni de celles de ses opposants. 2021 est devenu pour lui comme un cauchemar sans fin. Une abysse lugubre et démoniaque dans laquelle il serait pris au piège ad vitam aeternam. Il est las de combattre une guerre perdue d’avance.

Aile NOMA:
Très peu connu de la scène politique nationale, Noma est désigné à la tête du Moden d’abord pour un intérim, puis confirmé par le congrès de Dosso qui en fait le président régulier pour un mandat de 4 ans. Adoubé par 446 délégués sur les 859 que compte régulièrement le Moden, le voilà propulsé Chef de File de l’Opposition avec toutes les qualités et les prérogatives qui
y sont attachées.

Il est le nouveau maître des horloges. Son aile devient de fait, une actrice incontournable pour 2021 et un poids lourd de notre microcosme politique.

Au sein de Lumana nombreux sont ceux qui, sachant que Hama ne pouvait plus être candidat, attendaient patiemment leur heure de gloire. Soumana, Issaka, et même Nassirou étaient semble t-il en train de préparer leur propre rébellion avec création d’un nouveau parti à la clés. Noma leur a coupé l’herbe sous le pied. La fortune sourie aux audacieux et Noma a du toupet à revendre.

S’il est peu probable que Noma soit lui-même candidat, une chose est sûre néanmoins, celui qu’il adoubera pourra se targuer du soutien de poids du deuxième plus grand parti politique sur l’échiquier national. Par les temps qui courent, cela vaux son pesant d’or. N’est-ce pas * ?

Aile Soumana Sanda
Disons le sans circonlocution et surtout sans mépris, le concessionnaire automobile n’est PAS le leader des militants qui se sont réunis à Niamey ce dimanche. Ils sont venus pour Hama, sur invitation de Soumana Sanda et des leaders des partis alliés. « Parc 20 » est un énième prête-nom politique. En outre, les nouveaux statuts pour une gestion collégiale du parti marqueraient la fin de toute prétention s’il en avait.

Soumana Sanda est le véritable champion des Hamistes. Il est aussi et surtout, l’un des plus grands gagnants de la crise qui secoue son parti. Flashback un an plus tôt: fin 2018, Hama était en exil et le jugement sur les « bébés importés » était sans équivoque: Hama est déclaré coupable, condamné à un an de prison, et déchu de ses droits civiques. Hama Amadou ne sera pas candidat en 2021. Une pilule dure à avaler pour beaucoup, une opportunité inespérée pour d’autres.

Soumana Sanda fût très vite, à tort ou à raison, taxé de vouloir utiliser la situation à son avantage. La réaction des militants du Moden aux ambitions démesurées présumées de l’infirmier fût violente. Insultes, invectives et menaces deviendront son lot quotidien. On ne défie pas Hama Amadou. Même en rumeurs. Celui-ci allait vite formuler son plan B à Niamey. Seyni Mereda et Noma seront mis à contribution pour dégommer Soumana.

Seyni lui contestera la Coordination de Niamey et Noma sera le juge qui prononcera sa disgrâce allant même jusqu’à le suspendre. Soumana, coincé dans un panier de crabes, n’aura d’autre choix que de rentrer dans les rangs et multipliera, dès cet instant, les occasions de réitérer publiquement sa soumission au Seigneur de Youri. Ainsi faisant, il attendra patiemment sa revanche et travaillera sans relâche en coulisse à encourager les erreurs comme celle, fatidique, que Hama commettra en tentant de changer les textes du parti.

Avec la rébellion de Noma, Hama ayant besoin d’un guerrier sur place pour gérer la plebe, Soumana retrouve son espace d’expression et reprend la main haute du côté des Hamistes. Il a le vent en poupe et cela se voit à chaque sortie. Il est incontestablement redevenu le plus puissant des lieutenants de Hama et surtout le seul encore capable de mobiliser la base. Il l’a prouvé pas plus tard que ce dimanche.

Les Alliés
Getzner craquants; bonnets Bukar du Nigeria; chaussures triplement cirées; c’est sur leur 31 que les leader des partis alliés au Moden Lumana sont venus participer à la messe du Dimanche. Hama déchu, Il y avait un fort parfum de récupération politique dans l’air. Les drapeaux de Kishin Kassa, de Amen Amin et de Hankuri/Tchanji flottaient partout. Sur les réseaux sociaux, Ladan Tchiana ne manquera pas d’en rajouter une couche en marquant son soutien indefectible pour son ami Hama et en avouant « la division des partis (CDS, MNSD, LUMANA et autres) était une erreur regrettable.

Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. » Cet » ami en difficulté » comme il décris Hama, Ladan n’avait pourtant pas hésité une seule seconde à l’abandonner de manière plus lâche et plus violente que Noma ne le fera jamais. Aujourd’hui voilà qu’il essaie de faire amende honorable et jouer de la sympathie pour grappiller quelques militants. Le ridicule ne tue vraiment pas. Les pires vautours s’invitent au bal mortuaire du Moden FA Lumana, chacun revendiquant son morceau de la défunte bête.

Les Adversaires
Le Moden est un parti née et forgé dans l’adversité. De tous ses ennemis il y en a un qui vient automatiquement à l’esprit tant la relation, débutée par une lune de miel des plus charmante
en 2011, a vite virée au vinaigre deux ans plus tard avec l’affaire des Ministères à « coquilles vides ». Le PNDS TARRAYYA, patron de la mouvence présidentielle et plus grand parti du Niger depuis bientôt une décennie est le véritable Némésis du Moden.

Pas un jour ne passe sans que les deux formations ne s’accusent des pires péchés d’Israël. Et pourtant, de la bouche de Hama Amadou lui-même « pour être honnête, aucun élément ne permet de dire que le pouvoir est concerné par ce qui se passe, je ne saurai donc l’accuser ».

Trois lectures peuvent être faites de cette déclaration de Hama Amadou: soit l’animosité envers le PNDS Tarraya est telle que Hama refuse de lui accorder la paternité de son plus grand échec; soit le PNDS n’y est véritablement pour rien et Hama sait qui est à la base de la division; soit enfin, Hama, lucide, sait que le PNDS, ultra hégémonique tant il ne cesse de grandir et conquérir, n’a véritablement rien à gagner à diviser un parti dont le leader est disqualifié d’office la loi.

Rien ne sert de tirer sur l’ambulance comme qui dirait. Cela dit, un PNDS non coupable ne signifie pas un PNDS indifférent. Si avant la scission de Lumana, les camarades se targuaient déjà de passage un coup K.O en 2021, qu’en est-il aujourd’hui ? Une élection dès le premier tour est plus que jamais à portée de main. C’est même le scénario le plus probable. Récupérer quelques Lumanistes sur le chemin ne ferait que renforcer cet état de fait.

Cela dit, le parti qui profitera le plus de la situation actuelle au Moden FA Lumana n’est ni le PNDS, déjà trop grand et trop fort, ni Jamhurya, qui ne semble pas avoir trouvé sa voie, ni des micros partis comme Kishin Kassa (qui n’existe plus que sur les réseaux sociaux), Gaskia,
ou autres Inganci. Ce ne seront pas non plus des partis naissants dont les leaders ont une peur bleue du micro et des caméras. On ne fait pas de la politique en exhibant des t-shirt sur whatsapp. Ceux là risquent, au mieux, de vivre le syndrome ABC: leader dans sa tête mais seulement 1% dans les urnes.

Le plus grand gagnant de la crise actuelle sera, s’il s’y prend bien, le MNSD NASSARA. Surprise, mais pourtant naturel. Les militants découragés de Lumana seront tentés de regagner la maison mère, même si elle n’est plus tout à fait ce qu’elle était. De son côté, Seyni Oumarou s’il veut survivra, devra s’appuyer sur des leaders plus représentatifs pour redorer l’image du parti et
le rendre plus attractifs. Où sont passés les barons du MNSD?

Seyni a besoin d’en créer de nouveaux s’il veut espérer compter dans le future. Il doit reconstruire avec l’appui des anciens, évidemment, mais aussi et surtout avec de nouveaux militants qui ont la niaque. Quelques bonnes pioches à Lumana pourront l’y aider. En l’état, passer de 35 à 23 à 12 pourcent aux dernières élections ne présage rien de bon pour l’année prochaine.

En conclusion, les événements que vie le Moden FA Lumana aujourd’hui ne sont rien de nouveau dans le champs politique contemporain. Ils procèdent d’un mode de réorganisation devenu standard dans les formations politiques: le schisme. Ainsi, le Moden de Noma est un produit dérivé de celui de Hama, qui était lui-même issu d’un MNSD enfanté en amont lors d’une scission du CMS entre Tandja et Djermakoye.

Rien de nouveau sous les tropiques donc. Il appartient simplement aux différents belligérants de savoir raison garder et de tirer le maximum de la situation sans tomber dans le piège, ô combien familier et tentant, de la haine et de la rancœur. Comme dans tous les jeux il y aura des gagnants et d’innombrables perdants. Mais au final, il ne faut pas perdre de vue que ce n’est que de la politique.

Noma est assurément le principal gagnant de cette histoire, suivi de près par un Soumana Sanda au blason redoré et à la stature de Héro pour ses partisans. Une pilule amère de plus pour Hama sans aucun doute. Et dire qu’il aurait suffit pour éviter tout cela que, se sachant inévitablement empêché, Hama désigne son successeur à la candidature suprême.

Au fil de l’adversité qui attend l’aile « Parc 20 » beaucoup de militants risquent de quitter le navire pour des structures plus accueillantes. Chacune d’elle, alliée ou ennemie, se bouscule déjà pour appâter les militants les plus prometteurs. Faites vos jeux, rien ne va plus.
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