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Le Chef de l’Etat a participé, hier, au Forum des Sages Europe-Afrique pour la mise en place d’une nouvelle Alliance Europe-Afrique : «Le nouveau paradigme doit faire une place de choix à la lutte contre les inégalités condition nécessaire à l’éradication de la pauvreté», déclare SEM. Issoufou Mahamadou

Publié le vendredi 17 juillet 2020  |  Le Sahel
Allocution
© Présidence par DR
Allocution de SEM Issoufou Mahamadou, président de la république, chef de l’État lors du Sommet virtuel Chine -UA sur le COVID-19
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Le Président de la République, SEM Issoufou Mahamadou, a participé, hier matin, par visioconférence, au Forum des Sages Europe-Afrique, dans le cadre de la mise en place d’une alliance entre les deux continents. Dans son allocution lors de cette rencontre virtuelle, le Chef de l’Etat s’est dit satisfait de la tenue de cette importante rencontre qui va renforcer davantage le partenariat entre l’Europe et l’Afrique. Le Président Issoufou a évoqué les conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur l’économie mondiale, particulièrement en Afrique où le Chef de l’Etat soutient qu’il y a nécessité de réfléchir à un nouveau paradigme afin de surmonter ce fléau mondial. Aussi, a estimé le Chef de l’Etat, le meilleur moyen de conduire cette réflexion et orienter les actions est de créer un « think tank» capable de mobiliser les leaders politiques et les experts émérites.

(Lire ci-dessous l’intégralité du discours du Chef de l’Etat)

« Excellences

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de saluer et de remercier M. Jean Claude Junker qui a eu l’initiative d’organiser la présente rencontre virtuelle en vue de réfléchir ensemble sur les défis communs à l’Europe et à l’Afrique en ce 21eme siècle. Permettez-moi aussi de saluer mes collègues chefs d’Etat ainsi que les autres participants à cet important forum.

Mesdames, Messieurs

A l’occasion du premier sommet Afrique-Europe au Caire en 2000, l’Afrique et l’Europe avaient établi un cadre officiel de dialogue, de travail et de coopération, cadre soutenu par la suite par la Stratégie Conjointe Afrique-UE, adoptée lors du deuxième sommet Afrique-Europe à Lisbonne, en 2007.

Quatre grands objectifs sont visés à travers cette stratégie conjointe :

1) la paix et la sécurité,

2) la gouvernance et les droits de l’homme,

3) le commerce et l’intégration régionale

4) le développement durable.

Vingt ans après, on constate que ces objectifs sont loin d’être atteints. De nombreux défis se dressent toujours devant nous : les conflits armés et les violences intercommunautaires, le terrorisme et le crime organisé, la migration irrégulière, l’extraversion de l’économie, la faible productivité, les inégalités, la pauvreté, la faim etc. L’Afrique reste le continent le plus pauvre du monde. Soixante-dix pour cent (70%) des pauvres du monde vivent en Afrique. Un tiers (1/3) de la population Africaine vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec un revenu inférieur à 1,90 dollar par jour.

Ce constat doit nous amener à nous interroger sur la pertinence de notre stratégie et les modalités de sa mise en œuvre. De plus, au cours de ces vingt années, le contexte géopolitique mondial a connu de profonds bouleversements, amplifiés par la crise récente de la COVID 19. Alors que les données climatiques et épidémiologiques indiquent la nécessité d’une plus grande coopération multilatérale, certains acteurs politiques prônent le repli identitaire et l’ultranationalisme.

Mesdames, Messieurs

A l’instar du partenariat UE-UA, l’Afrique a conclu des partenariats stratégiques avec d’autres nations du monde, notamment le Japon, la Chine, les pays du golfe, la Russie et la Turquie. Tous ces partenariats, qui visent essentiellement des objectifs commerciaux, ne peuvent rivaliser avec le partenariat Afrique-Europe. L’Europe et l’Afrique, unies par la géographie, ont également tissé des liens historiques et culturels profonds au cours des millénaires. Les échanges commerciaux, la colonisation et les flux migratoires ont laissé des traces indélébiles. Le Français, l’Anglais, le Portugais et l’Espagnol, langues européennes par excellence, sont devenues les langues officielles de nombreux pays africains. L’interrelation entre les deux continents est telle que tout ce qui affecte l’un, affecte l’autre. L’Europe ne peut vivre en paix si l’insécurité et les conflits se développent en Afrique ; l’Europe ne peut se prémunir contre la migration irrégulière et les trafics en tout genre si la pauvreté persiste en Afrique. Aussi l’Europe se sent-elle concernée, plus que toute autre partie du monde, par les objectifs de paix, sécurité, démocratie et développement en Afrique.

Or, la situation actuelle est que l’Afrique peine à mettre en œuvre les 17 objectifs de développement durable de l’agenda 2030 des nations unies dont le premier est l’élimination totale de la pauvreté. Les experts avaient estimé que pour atteindre ces objectifs, l’Afrique doit réaliser un taux de croissance minimum de 7% par an et investir annuellement un montant de 600 milliards de dollars, ce qui suppose un taux d’investissement d’au moins 24% du PIB du continent. Le taux de croissance moyen du continent n’est que de 3 à 4% et le montant annuel des investissements bien en deçà des 600 milliards de dollars nécessaires.

De même, l’Afrique peine à mettre en œuvre l’agenda 2063, notamment son premier plan décennal et ses projets prioritaires. L’Afrique peine à mettre en œuvre ces deux agendas car, en plus des causes internes, elle est victime de la mauvaise gouvernance politique et économique mondiale qui crée ou aggrave les conflits, comme c’est le cas en Libye, et qui creuse les inégalités et aggrave la pauvreté.



Mesdames, Messieurs

La crise de la COVID 19 constitue un véritable choc pour l’ensemble de la planète. Elle plonge l’économie mondiale dans une récession sans précédent depuis celle de 1929. L’économie Africaine connaitra un repli de son PIB. Pour surmonter ce cataclysme mondial il nous faut réfléchir à un nouveau paradigme. L’Afrique et l’Europe peuvent ensemble le promouvoir. Rappelons-nous les chocs que le monde a connus au 20eme siècle entre 1914 et 1945 : les deux guerres mondiales et la terrible crise de 1929. Rappelons-nous des solutions qu’il a fallu mettre en place pour reconstruire des pays dévastés. Sans répéter le passé, les solutions qui ont été conçues et mises en œuvre peuvent nous inspirer. De toutes les façons un monde, comme c’est le cas aujourd’hui, ou les 10% les plus riches possèdent 80 à 90% du patrimoine mondial ne peut être ni stable ni en paix. Le nouveau paradigme doit donc faire une place de choix à la lutte contre les inégalités condition nécessaire à l’éradication de la pauvreté. Le nouveau paradigme doit permettre à l’Afrique de mobiliser les ressources financières nécessaires pour sortir ses populations de la pauvreté à travers la mise en œuvre des agendas 2030 et 2063.

S’agissant de ce dernier, l’accent doit être mis sur la mise en œuvre des projets et programmes suivants : le projet de la zone de libre-échange continentale ; le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) ; le programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) ; le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA) ; la vision Minière Africaine (VMA) ; le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT)

Pour y arriver nous devons mettre en œuvre les actions hardies suivantes: promouvoir la capacité des Etats à lever l’impôt ; promouvoir les investissements directs étrangers ; mobiliser les ressources de la diaspora africaine ; honorer les promesses faites au début des années 70 de porter le niveau de l’APD à 0,7% du PIB des pays donateurs, ce qui est relativement faible par rapport aux 4% du PIB des USA consacrés au plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale ; trouver un traitement approprié à la dette du continent autrement dit son annulation.

Toutes ces actions supposent la promotion des valeurs de dignité, de liberté, d’égalité, de justice et de solidarité. Ce sont ces valeurs qui doivent fonder le nouveau paradigme.

Pour promouvoir ce nouveau paradigme, l’Europe et l’Afrique doivent mener la réflexion et l’action ensemble. Le meilleur moyen de conduire cette réflexion et orienter les actions est de créer, en marge des structures organiques interétatiques, un « think tank » capable de mobiliser les leaders politiques et les experts émérites. C’est pourquoi je soutiens l’idée de création de la fondation « Verticale Africa Med Europa » et j’approuve le projet de déclaration qui nous est soumis.

Je vous remercie. ».
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